Devant la mobilisation des lycéen·nes, les conservateurs du statu quo n’y voient que du chaos. Nous y percevons plutôt l’ordre des choses. Celui d’une jeunesse qui pousse.
Certains poussent des poubelles enflammées qui illuminent les JT quand une grande majorité pousse des revendications légitimes.
N’est-ce pas le rôle des jeunes pousses que de chercher à se faire une place au milieu des autres générations ? N’est-il pas sain de les voir jaillir pour tenter de régénérer l’écosystème ? Surtout quand la forêt brûle. N’est-ce pas notre rôle d’adulte que de prendre du recul ? Dans une époque marquée par l’individualisme, l’ultra compétition et l’oppression des plus cupides, ne devrions-nous pas nous réjouir de leur refus collectif d’accepter les inégalités ? Ne devrions-nous pas entendre leur invitation à sortir de la résignation ?
Dans une ère de la post-vérité, ne devrions-nous pas nous réjouir d’entendre leur lucidité quant aux différences d’accès aux ressources, aux opportunités ou aux droits, qui dépendent plus de l’origine sociale que du mérite ?
Surtout quand les discours officiels brouillent les pistes. Au printemps dernier, le ministre de l’Éducation nationale déclarait que le stage de 3e est « un élément déterminant d’égalité des chances » (ICI Radio Gironde**). Pourtant, l’enquête* menée pour l’INJEP par le LERFAS et l’université du Maine (VIPS) montre que la recherche de stage de troisième repose largement sur le capital social des familles. Parmi les élèves dont le père exerce une profession intermédiaire, 49% sollicitent ou ont sollicité leurs proches pour trouver un stage. Ceux qui cherchent seuls décrivent un véritable « parcours du combattant », rythmé par les refus et les non-réponses ; des portes fermées.
Le stage de 3e est censé ouvrir des perspectives à des jeunes qui n’y auraient pas accès. Dans les faits, il recrée souvent ce qu’il prétend corriger.

Inspiré du propre parcours de Mariama Alaoui
Ouvrir l’horizon dès les premiers pas dans le monde du travail, motive notre désir de les accompagner, à l’instar de MARIAMA ALAOUI, à l’initiative du projet “ Quels STAGES pour nos COLLÉGIEN·NES ? ” :
« Collégienne, je rêvais d’un stage dans un laboratoire de recherche scientifique. Sans réseau perso, aucune sollicitation n’a donné suite. Au final, j’ai passé une semaine à remplir des sachets de chocolats de Pâques dans la boulangerie du quartier.
Ensuite, alors que la Région et l’Éducation nationale encourageaient les jeunes filles à s’orienter vers les sciences, sur le terrain, on m’a dissuadée. On m’a dit qu’il n’y avait pas de travail dans la recherche dans le Nord. J’ai renoncé, et j’ai perdu le fil de mon orientation.
Je reste convaincue qu’un stage dans ce domaine m’aurait aidé à tenir. Bien que mon parcours pro m’ait amenée à me réinventer sur d’autres d’autres terrains fertiles, c’est un regret que je porte encore.
Quand j’étais étudiante, j’ai travaillé comme animatrice périscolaire au Centre social Mosaïque et comme bénévole à l’Afev Hauts-de-France et Belgique, où j’animais des ateliers dans mon collège d’origine, Boris Vian à Lille-Fives. Les ados me confiaient leurs inquiétudes d’orientation et les galères qui vont avec.
15 ans plus tard, lorsque je participe à renforcer les liens de proximité sur Lille-Fives et Hellemmes, avec notre association Des Détails du nord, au travers des ateliers “ Quelles SOURCES pour notre QUARTIER ? ”, l’idée d’une convergence entre ces deux approches nous apparaît naturelle. »
Dans le contexte actuel, accompagner la croissance des jeunes pousses nous semble plus que jamais nécessaire et pertinent. Notre démarche expérimentale en partenariat avec le collège Boris Vian repose sur un principe simple d’équité :
• Collecter des offres de stages variées et coopératives auprès des acteur·ices du territoire.
• Tirer au sort l’attribution des stages pour neutraliser le poids du réseau et combattre l’autocensure.
• Accompagner les élèves et les tuteur·ices pour créer des rencontres inédites et durables.
Ami·es du quartier, professionnel·les des structures locales, ce refus de la résignation vous porte et vous souhaitez soutenir la jeunesse fivoise et hellemmoise en partageant votre quotidien pendant 5 jours ? Devenez tuteur·ice solidaire !
La prochaine session de stage aura lieu du 25 au 29 janvier 2027… 35h pour semer des graines d’égalité !
SOURCES :